Tendinopathie calcifiante : hydroxyapatite

Sièges · classifications (SFA, Gärtner, Bosworth) · phases · échographie · crise aiguë et migrations · pièges · ponction-lavage · compte-rendu
Fiche mémo · ostéo-articulaire
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Sièges dépôts d'hydroxyapatite (phosphate de calcium basique)

ÉpauleSupra-épineux (≈ 80 %), infra-épineux (≈ 15 %), subscapulaire (≈ 5 %), long biceps ; souvent bilatérale.
HancheMoyen et petit fessiers (grand trochanter), grand fessier (insertion sur la ligne âpre), droit fémoral (tendon réfléchi).
Coude, poignet, mainÉpicondyliens, fléchisseur ulnaire du carpe (près du pisiforme), péri-articulaire des doigts (crise aiguë).
CouLong du cou : en avant de C1–C2.
AutresGenou (collatéraux, poplité), cheville, pied, grand pectoral (humérus).
Femme de 30 à 60 ans surtout. Calcification de l'épaule en radiographie : quelques % de la population, souvent asymptomatique.

Classifications

SFA (Molé)A dense, homogène, contours nets · B dense, segmentée (plurilobée), contours nets · C hétérogène, contours flous, festonnés (résorption) · D calcification d'insertion, dense, au contact du tubercule (enthésopathie dégénérative, pas une tendinopathie calcifiante).
GärtnerI dense, bien limitée (formation) · II dense à contours flous, ou transparente à contours nets · III transparente, floue (résorption).
Bosworth (taille)Petite < 5 mm · moyenne 5–15 mm · grande > 15 mm.
A · dense, nette B · segmentée C · hétérogène, floue D · insertion
Schéma de face : tendon supra-épineux au-dessus de la tête humérale, inséré sur le tubercule majeur. Les types C et III sont des calcifications en résorption, qui disparaissent souvent spontanément.

Échographie

  • Dure : liseré hyperéchogène, souvent arciforme, cône d'ombre franc ; molle : hyperéchogène homogène, presque isoéchogène au tendon, sans ombre ; liquide : fin liseré hyperéchogène, centre hypo- ou anéchogène (contenu « laiteux » à la ponction)
  • Siège dans le tendon, distance de l'insertion, taille (grand axe en coupe longitudinale), hyperhémie autour (résorption, douleur)
  • Bursite sous-acromio-deltoïdienne, dépôt dans la bourse, conflit dynamique, rupture associée (rare)
Une calcification n'explique pas tout : beaucoup sont asymptomatiques ; si la douleur ne correspond pas (calcification dense, stable, sans hyperhémie ni bursite), chercher une autre cause : rupture de coiffe, capsulite rétractile (parfois après une crise), arthropathie acromio-claviculaire, radiculalgie cervicale.

Radiographie et scanner

  • Épaule de face en rotations neutre, interne et externe (profil axillaire pour le subscapulaire) : la calcification se dégage selon le tendon atteint ; grand axe, densité, contours
  • Comparer aux clichés antérieurs : une calcification qui pâlit, se fragmente ou diffuse dans la bourse est en résorption
  • Scanner : densité et contours, migration intra-osseuse (érosion corticale, trajet dans l'os), avant un geste

Phases Uhthoff

  • Formation et repos : dépôt dense et bien limité, douleur mécanique modérée ou absente
  • Résorption : dépôt flou, moins dense, fragmenté ; crise hyperalgique, hyperhémie au Doppler, bursite ; la radiographie peut sous-estimer la calcification
  • Après résorption : tendon cicatriciel, parfois sans trace radiographique

Crise aiguë et migrations phase de résorption

  • Intrabursale : bourse distendue, dépôt en nappe ou en croissant (« lait calcique »)
  • Intramusculaire (vers la jonction myotendineuse) ou intra-osseuse : érosion corticale en regard de l'insertion, œdème médullaire, réaction périostée (grand tubercule, ligne âpre, grand pectoral)
  • IRM : calcification en hyposignal sur toutes les séquences, facile à manquer, avec un œdème des parties molles et de l'os disproportionné : comparer à la radiographie ou au scanner

Pièges

  • Migration intra-osseuse (érosion corticale, œdème, réaction périostée) : faux aspect de tumeur ou d'ostéite ; la calcification vue en radiographie ou au scanner fait le diagnostic
  • Long du cou : épanchement prévertébral sans paroi rehaussée, calcification amorphe en avant de C1–C2 ; ce n'est pas un abcès rétropharyngé
  • Crise aiguë d'un doigt ou du poignet (rougeur, œdème, fièvre) : ressemble à une arthrite septique, une goutte, une fracture
  • Calcification d'insertion (type D), enthésophyte, os acromial, fragment d'avulsion, myosite ossifiante (ossification périphérique, « zonale ») : pas une tendinopathie calcifiante
  • Fines calcifications linéaires étirées le long d'un tendon : dépôts de pyrophosphate (CPPD, page 2), pas d'hydroxyapatite
  • Calcification dans un tendon rompu : décrire la rupture

Ponction-lavage échoguidée repères des essais

Calcification ≥ 5 mm, dense et bien limitée (type A, parfois B), symptomatique depuis plus de 3 mois malgré le traitement médical. Type C (en résorption) : régression spontanée fréquente ; type D (insertion) : pas une indication. Après le geste : radiographie de contrôle (taille du résidu, qui continue souvent à diminuer), bursite réactionnelle douloureuse les premiers jours.
Dans le compte-rendu : tendon et siège (distance de l'insertion), taille (grand axe), aspect (densité, homogénéité, contours ; dure ou molle en échographie ; type si dicté), hyperhémie, bursite, migration, rupture associée. Exemple : « Calcification dense, homogène, à contours nets, du tendon supra-épineux, de 12 mm, sans bursite. »
Ne pas classer sans élément dicté : pas de type SFA ou Gärtner ni de « phase de résorption » si la densité et les contours ne sont pas décrits ; pas d'indication de ponction-lavage dans le compte-rendu.

Calcifications articulaires et discales : CPPD, goutte, autres

Quel dépôt ? · chondrocalcinose et arthropathie à CPP · dent couronnée · goutte (échographie, double énergie) · disques · calcinoses et pièges
Fiche mémo · ostéo-articulaire
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Quel dépôt ?

CritèreHydroxyapatitePyrophosphate (CPPD)Urate (goutte)
SiègePéri-articulaire : tendons, bourses, capsule ; rarement intra-articulaire.Fibrocartilage (ménisques, ligament triangulaire, symphyse, labrum, anneau discal), cartilage hyalin, capsule, synoviale, tendons, ligaments.Surface du cartilage, synoviale, tendons, bourses (olécrane), os, tissu sous-cutané (tophus).
Radiographie, scannerDépôt amorphe, dense, homogène, ovale ou nuageux.Fines calcifications linéaires ou ponctuées ; liseré parallèle à l'os sous-chondral, dans l'épaisseur du cartilage.Le plus souvent pas de calcification ; tophus dense ; érosions à l'emporte-pièce à bord surplombant.
ÉchographieDépôt hyperéchogène, avec ou sans ombre.Dépôts hyperéchogènes dans le cartilage, sans ombre, qui bougent avec lui.Double contour à la surface du cartilage, agrégats, tophus.
Double énergieCalcium.Calcium.Urate codé en couleur.
CliniqueCrise aiguë très douloureuse, péri-articulaire.Sujet âgé ; genou, poignet ; arthrite aiguë (« pseudo-goutte »).MTP du gros orteil, médio-pied, genou ; hyperuricémie.
Normal CPPD Goutte
Trochlée fémorale en coupe transversale, genou fléchi : os sous-chondral (liseré blanc épais), cartilage hyalin anéchogène. CPPD : dépôts hyperéchogènes dans le cartilage ; goutte : liseré hyperéchogène à sa surface, parallèle à l'os (double contour). Bilan radiographique d'une chondrocalcinose : genoux, bassin (symphyse) et poignets de face.

Chondrocalcinose et arthropathie à CPP la chondrocalcinose est une image, la CPPD une maladie

  • Sièges typiques : genou (ménisques, cartilage), ligament triangulaire du carpe, symphyse pubienne, labrum de hanche, épaule
  • Arthropathie à distribution inhabituelle pour une arthrose : radio-carpienne, scapho-trapézo-trapézoïdienne, fémoro-patellaire isolée, MCP 2–3 avec ostéophytes en crochet (penser hémochromatose) ; gros kystes sous-chondraux, destruction rapide, dissociation scapho-lunaire (SLAC)
  • Critères ACR/EULAR 2023 : syndrome de la dent couronnée ou cristaux de CPP dans le liquide articulaire suffisent ; sinon score (> 56 points), qui compte les articulations à chondrocalcinose en imagerie
  • Sujet jeune ou atteinte diffuse : chercher hyperparathyroïdie, hémochromatose, hypomagnésémie, forme familiale

Dent couronnée et rachis cervical

Calcifications linéaires autour de l'odontoïde (ligament transverse, ligaments alaires), moins denses que la corticale, au scanner ; douleur cervicale haute aiguë, fièvre, raideur : simule une méningite, une maladie de Horton, une spondylodiscite. Aussi : calcification du ligament jaune (myélopathie cervicale), pseudotumeur rétro-odontoïdienne.

Goutte main et poignet : voir la fiche main inflammatoire

  • Radiographie : érosions juxta-articulaires à l'emporte-pièce à bord surplombant, liseré de sclérose, interligne longtemps conservé, pas de déminéralisation, tophus ; normale au début
  • Échographie (OMERACT) : double contour (liseré hyperéchogène à la surface du cartilage, visible quel que soit l'angle d'insonation), agrégats hyperéchogènes, tophus (amas hétérogène cerclé d'un liseré anéchogène), érosions
  • Double énergie : dépôts d'urate codés en couleur ; artefacts fréquents (lit unguéal, peau, durillons, durcissement de faisceau, tendons) ; moins sensible dans une goutte récente
  • Rachis : érosions des articulaires postérieures, tophus épidural : simule une infection ou une tumeur

Arthrite microcristalline : pièges

  • Des cristaux (chondrocalcinose, tophus) n'excluent pas une arthrite septique : ponction si le doute persiste
  • Épaule de Milwaukee (hydroxyapatite intra-articulaire) : femme âgée, rupture massive de la coiffe, destruction de la tête humérale, gros épanchement souvent hémorragique
  • Hémochromatose : MCP 2–3, ostéophytes en crochet, chondrocalcinose ; surcharge en fer du foie en IRM

Calcifications discales

DégénérativeAdulte, disque pincé, vide discal (gaz), ostéophytes.
CPPDAnneau fibreux externe, plusieurs étages ; chondrocalcinose périphérique associée.
Ochronose (alcaptonurie)Calcifications discales multiples et denses, pincement diffus, vide discal, ostéoporose, sujet jeune.
Spondylarthrite ankylosanteCalcification centrale du disque dans les segments ankylosés.
EnfantCalcification discale idiopathique, cervicale, douloureuse, régresse en quelques semaines ; peut faire hernie.
Hernie calcifiéeThoracique surtout, parfois intradurale : à signaler avant chirurgie.

Autres calcifications péri-articulaires

  • Calcinose : sclérodermie (pulpes, péri-articulaire), dermatomyosite (en nappe), insuffisance rénale (calcifications « métastatiques »), hypervitaminose D
  • Calcinose tumorale : masses lobulées péri-articulaires (hanche, épaule, coude) avec niveaux liquide-calcium
  • Chondromatose synoviale : corps intra-articulaires multiples, de taille homogène, calcifiés en anneaux et arcs
  • Myosite ossifiante : ossification périphérique (« zonale »), centre moins dense ; phlébolithes (malformation veineuse), calcifications vasculaires, fragments d'avulsion, os accessoires, tumeur cartilagineuse
Dans le compte-rendu : siège exact (tendon, bourse, cartilage, fibrocartilage, disque), forme (amorphe, linéaire, ponctuée), taille, nombre d'articulations atteintes, érosions, épanchement, signes inflammatoires.
Ne nommer le dépôt que si l'aspect le permet : « calcification » descriptive par défaut ; « chondrocalcinose », « goutte » ou « hydroxyapatite » seulement si le siège et l'aspect dictés le justifient (fibrocartilage, double contour, double énergie).