Ischémie mésentérique aiguë et chronique

Angioscanner · mécanisme (embolie, thrombose, veineuse, non occlusive) · signes de nécrose · angor mésentérique et compressions
Fiche mémo · imagerie digestive et vasculaire
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Ischémie aiguë : le mécanisme oriente protocole : sans injection + artériel + portal, pas de contraste oral positif

MécanismeSignes distinctifsParoi digestive
EmbolieLacune de l'AMS à distance de l'ostium (3 à 8 cm, souvent après les premières artères jéjunales, près de la colique moyenne) : jéjunum proximal épargné ; autres emboles (rate, reins) ; ACFA.Fine, non rehaussée (« papier à cigarette »)
Thrombose artérielleOcclusion ostiale sur athérome calcifié, collatérales préexistantes ; ischémie plus étendue (tout le territoire de l'AMS).Fine, non rehaussée
Thrombose veineuseVeine mésentérique supérieure élargie, thrombus (hyperdense sans injection), infiltration du mésentère, ascite.Épaissie, en cible, parfois hyperdense (hémorragie)
Non occlusive (NOMI)Artères perméables mais grêles, irrégulières, spasmes étagés (« chapelet ») ; bas débit : choc, dialyse, chirurgie cardiaque, vasopresseurs. Atteinte souvent diffuse, côlon droit compris.Variable, segments discontinus

Signes de nécrose transmurale

Absence de rehaussement pariétal (le plus fiable, comparer au temps sans injection) · pneumatose pariétale · gaz portal ou mésentérique · pneumopéritoine (perforation) · anse dilatée atone et fine. Une pneumatose isolée, kystique, sans autre signe, peut être bénigne : toujours l'interpréter avec le rehaussement.
Occlusion artérielle précoce = paroi normale ou fine. L'épaississement pariétal est tardif (reperfusion) ou veineux : son absence n'élimine pas une ischémie artérielle. Ne pas conclure à une nécrose sans signe dicté ; ne pas écrire « ischémie » sur un épaississement isolé sans anomalie vasculaire ni défaut de rehaussement.

Signes trompeurs

Pneumatose pariétaleInquiétante : gaz linéaire ou curviligne dans la paroi, avec défaut de rehaussement, gaz portal, contexte d'ischémie (lactates, douleur). Souvent bénigne : gaz kystique en grappe (pneumatose kystique), paroi rehaussée, patient peu symptomatique ; causes : BPCO, corticoïdes, chimiothérapie, greffe, connectivite, après endoscopie ou chirurgie. Piège : bulles intraluminales piégées contre la paroi ou entre les plis (fenêtre pulmonaire, anse vue en coupe perpendiculaire, position déclive).
Gaz portal ou aérobilie ?Gaz portal : périphérique, jusqu'à 2 cm de la capsule, suivant le flux portal. Aérobilie : central, hilaire, dans les voies biliaires. Le gaz portal n'est pas toujours une nécrose : diverticulite, Crohn, pyléphlébite, après endoscopie ou cathétérisme.
Faux thrombus veineuxAu temps portal précoce, mélange du sang opacifié de la VMS et du sang non opacifié de la veine splénique : lacune floue du tronc porte. Vérifier sur un temps tardif ; le vrai thrombus est net, persistant, la veine élargie.
Faux défaut de rehaussementAcquisition trop précoce, anse collabée, contraste oral positif masquant la muqueuse ; toujours comparer à une anse saine au même temps et au temps sans injection.
Sténose ostiale isoléeFréquente et asymptomatique chez le sujet âgé, comme la compression par le ligament arqué : ne pas écrire « angor mésentérique » sans la clinique.

Ischémie chronique (angor mésentérique)

Clinique : douleurs post-prandiales, peur de manger, amaigrissement. Classiquement ≥ 2 des 3 artères digestives (tronc cœliaque, AMS, AMI) sténosées à ≥ 70 % ou occluses ; une atteinte isolée de l'AMS peut suffire si les collatérales sont pauvres.
Écho-Doppler (à jeun)Sténose ≥ 70 %
AMS : vitesse systolique maximale≥ 275 cm/s
Tronc cœliaque : vitesse systolique maximale≥ 200 cm/s
Artère hépatique communeFlux inversé = sténose serrée ou occlusion du tronc cœliaque
Collatérales (signent la chronicité) : arcades pancréatico-duodénales, arcade de Riolan (AMS–AMI), arcade de Bühler (tronc cœliaque–AMS).

Compressions à mesurer

Ligament arqué médian (Dunbar)Sténose du bord supérieur du tronc cœliaque « en crochet », majorée en expiration, dilatation post-sténotique ; acquisition en expiration ou Doppler inspiration / expiration.
Pince aorto-mésentérique (Wilkie)Angle aorto-mésentérique ≤ 22° (normal 38–65°) et distance ≤ 8 mm (normal 10–28 mm), mesurés en sagittal ; distension gastro-duodénale en amont de D3.

Épaississement du grêle : pas toujours ischémique

« Choc » (hypoperfusion)Grêle épaissi diffus, muqueuse très rehaussée, VCI plate, surrénales très rehaussées ; réversible.
Hématome pariétalSous anticoagulant ou après trauma : paroi spontanément hyperdense, épaississement long et régulier, plis « en pile d'assiettes ».
Angio-œdèmeIEC, déficit en C1-inhibiteur : segment en cible transitoire, ascite, vaisseaux normaux.
Inflammatoire ou infectieuxCrohn (atteinte iléale, signe du peigne), entérite ou colite infectieuse, colite pseudomembraneuse (signe de l'accordéon), vascularite, entérite radique.
CongestifHypertension portale, hypoalbuminémie, insuffisance cardiaque : diffus, artères normales.
Dans le compte-rendu : artère ou veine en cause, siège de l'occlusion (ostium, distance en mm), étendue ; anses atteintes (segment, longueur), rehaussement, épaisseur ; signes de nécrose ; autres emboles, aorte, collatérales. Conclusion : mécanisme, territoire, présence ou non de signes de nécrose.

Occlusion intestinale aiguë

Scanner · seuils de distension · zone de transition et cause · anse fermée · signes de souffrance · côlon
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Seuils de distension règle « 3 / 6 / 9 »

> 3 cmintestin grêle
> 6 cmcôlon
> 9 cmcæcum
Cæcum ≥ 12 cm : risque de perforation diastatique (pseudo-obstruction d'Ogilvie, occlusion colique à valvule continente).

Zone de transition et cause

BrideTransition brutale, sans masse, anse effilée « en bec » ; antécédent chirurgical. Diagnostic d'élimination.
HernieAnse dans un orifice : inguinal, crural, ombilical, spigelien, obturateur, interne (paraduodénale, transmésentérique, après bypass gastrique : bouquet d'anses, vaisseaux étirés).
InvaginationImage en cible ou en « sandwich » ; chez l'adulte, chercher une lésion tête d'invagination.
Iléus biliaireTriade de Rigler : aérobilie, occlusion, calcul ectopique.
AutresTumeur, carcinose, sténose de Crohn, bézoard, hématome.
Signe des fèces dans le grêle : contenu fécaloïde en amont de la transition, aide à la localiser (plutôt occlusion subaiguë ou incomplète). Iléus réflexe : distension diffuse grêle et côlon, sans zone de transition.

Pièges

Iléus réflexe ou occlusion distaleDistension grêle et colique sans transition : iléus (post-opératoire, électrolytique, inflammatoire de voisinage) ; mais une occlusion colique à valvule incontinente ou une occlusion iléale très distale donne le même aspect : suivre le côlon jusqu'au rectum.
Invagination transitoire du grêleCourte (< 3,5 cm), sans lésion tête, sans distension d'amont : fréquente, le plus souvent sans conséquence. Suspecte si longue, avec masse ou occlusion (chez l'adulte, cause tumorale fréquente).
Signe du tourbillon isoléPossible sans volvulus (rotation mésentérique modérée, après chirurgie) : il compte s'il s'associe à une anse fermée, à une transition ou à des signes de souffrance.
Fausse transitionAnses collabées physiologiques en aval d'un segment liquidien ; péristaltisme. Chercher une anse dilatée qui s'effile réellement, sur plusieurs plans.
Hernie internePas d'orifice visible : bouquet d'anses anormalement situé, vaisseaux mésentériques étirés ou déplacés, antécédent de bypass gastrique (espace de Petersen, brèche mésentérique).

Signes de souffrance (strangulation)

  • Défaut de rehaussement pariétal : le plus spécifique
  • Paroi hyperdense sans injection (hémorragie), épaissie (> 3 mm) ou au contraire amincie
  • Œdème et liquide du mésentère, épanchement péritonéal
  • Pneumatose, gaz portal : nécrose

Anse fermée deux zones de transition adjacentes

Anse en U ou en C, deux « becs » côte à côte, vaisseaux mésentériques convergents en rayons, signe du tourbillon (volvulus du grêle). Risque élevé de strangulation : à signaler en premier.

Occlusion colique

TumeurCause la plus fréquente ; masse ou épaississement court en « trognon de pomme » ; bilan d'extension.
Volvulus du sigmoïdeAnse en « grain de café » vers l'hypochondre droit, deux becs dans le pelvis, tourbillon mésentérique.
Volvulus du cæcumCæcum déplacé vers l'hypochondre gauche, en forme de haricot, tourbillon ; grêle distendu.
OgilvieDistension colique, cæcum surtout, sans obstacle ; mesurer le cæcum.
Les signes de souffrance commandent l'urgence. Les rechercher et les écrire, présents ou absents, dans toute occlusion. Ne pas conclure « sur bride » si une autre cause n'a pas été écartée dans la dictée.
Dans le compte-rendu : siège (grêle proximal, distal, côlon) et calibre maximal ; zone de transition (siège) et cause ; anse fermée ou non ; signes de souffrance présents ou absents ; épanchement, pneumopéritoine. Conclusion : occlusion (niveau, mécanisme), signes de souffrance ou non.