Thyroïde normale : anatomie, dimensions, volume

Rapports et vaisseaux · parenchyme · technique · dimensions · volume de l'ellipsoïde · normes de l'adulte et de l'enfant · goitre, hypotrophie · compte-rendu
Fiche mémo · échographie cervicale
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Anatomie échographique

Lobes, isthmeDeux lobes latéraux, de part et d'autre du larynx et de la trachée, réunis en avant de la trachée par l'isthme. Lobe pyramidal (de Lalouette) : variante fréquente, languette qui monte de l'isthme, reliquat de l'extrémité basse du canal thyréoglosse.
En avantMuscles sous-hyoïdiens (sterno-hyoïdien, sterno-thyroïdien, omo-hyoïdien), hypoéchogènes ; sterno-cléido-mastoïdien en avant et en dehors.
En dedansTrachée (anneaux cartilagineux échogènes, ombre aérique) et larynx (cartilages thyroïde et cricoïde). Œsophage en arrière de la trachée, souvent visible derrière le lobe gauche : le reconnaître (paroi en couches, contenu mobilisé par la déglutition) pour ne pas le prendre pour un nodule.
En arrière et en dedansSillon trachéo-œsophagien : nerf laryngé récurrent, parathyroïdes, artère thyroïdienne inférieure, ganglions du niveau VI (cf. fiche Niveaux ganglionnaires cervicaux). Plus en arrière : muscle long du cou.
En dehorsEspace carotidien : artère carotide commune (pulsatile), veine jugulaire interne (distendue par le Valsalva), nerf vague. La carotide peut empreindre la face postéro-latérale d'un lobe augmenté.
VaisseauxArtères thyroïdiennes supérieures (carotide externe) et inférieures (tronc thyro-cervical, artère subclavière). Veines thyroïdiennes supérieures et moyennes vers la jugulaire interne, inférieures vers les troncs veineux brachiocéphaliques.

Parenchyme normal

  • Échostructure homogène, finement granitée ; capsule = fine ligne échogène (non comprise dans les mesures).
  • Échogénicité supérieure à celle des muscles sous-hyoïdiens et du sterno-cléido-mastoïdien, voisine de celle de la glande sous-mandibulaire : ce sont les repères pour coter une hypoéchogénicité (page 2).
  • Doppler couleur ou énergie : vascularisation parenchymateuse discrète, cotée de 0 à +++ (appréciation subjective). Artères thyroïdiennes : vitesse systolique maximale < 40 cm/s, index de résistance 0,45 à 0,60 (CEEDMM) ; artères intrathyroïdiennes 15 à 30 cm/s (Chaudhary 2013).

Technique

  • Sonde linéaire haute fréquence ; mode B puis Doppler. Décubitus, cou en légère hyperextension (coussin sous les épaules) ; sonde perpendiculaire à la peau, pression minimale pour ne pas déformer la glande.
  • Coupes transversales et longitudinales des deux lobes et de l'isthme ; aires ganglionnaires cervicales des deux côtés ; retentissement trachéal ; pôles inférieurs (goitre plongeant : cou court, sujet âgé).

Goitre, hypotrophie

GoitreVolume au-delà du seuil de l'adulte ou du 97e percentile de l'enfant. Diffus homogène, ou multinodulaire : nodules décrits et cotés (cf. fiche EU-TIRADS). Plongeant : prolongement endothoracique, pôle inférieur non vu en entier ; retentissement trachéal ; bilan par scanner sans injection d'iode (risque d'hyperthyroïdie en cas de nodules fonctionnels) ou IRM.
HypotrophiePas de seuil consensuel de petit volume chez l'adulte : donner les dimensions et le volume, sans conclure à une atrophie sur un chiffre seul. Contextes : stade tardif ou forme fibreuse d'une thyroïdite auto-immune, après iode 131, après chirurgie partielle, agénésie d'un lobe (rare).
Dans le compte-rendu : trois dimensions de chaque lobe et épaisseur de l'isthme ; volume de chaque lobe et volume total ; échostructure, échogénicité (par rapport aux muscles et à la glande sous-mandibulaire), vascularisation ; nodules (siège, taille, cotation EU-TIRADS) ; ganglions ; retentissement trachéal, caractère plongeant. Conclusion : volume normal ou goitre, chiffré.

Dimensions adulte ; varient avec le poids, le morphotype, l'âge et l'apport iodé

MesureCoupe et repèresValeur habituelle
Hauteur du lobeCoupe longitudinale, plus grand axe cranio-caudal ; les lobes convergent vers le bas : orienter la sonde un peu en oblique.5 ± 1 cm (40 à 60 mm)
Largeur du lobeCoupe transversale où le lobe est le plus grand ; axe médio-latéral, perpendiculaire à l'épaisseur.1,5 ± 0,5 cm
Épaisseur du lobeMême coupe, axe antéropostérieur perpendiculaire à la peau. Au-delà de 25 mm : toujours pathologique (CEEDMM).1,5 ± 0,5 cm (13 à 18 mm, Chaudhary 2013)
IsthmeÉpaisseur antéropostérieure sur la ligne médiane, en avant de la trachée, en coupe transversale.≈ 5 mm d'épaisseur ; hauteur 1,5 cm

Volume ellipsoïde, pour chaque lobe

Volume d'un lobe (mL) = hauteur × largeur × épaisseur (cm) × 0,52
Volume thyroïdien = lobe droit + lobe gauche ; isthme non compté (méthode de l'OMS ; certains l'ajoutent s'il dépasse 3 mm d'épaisseur : le préciser).
  • 0,52 ≈ π/6 (ellipsoïde de révolution). 0,479 = facteur corrigé de Brunn (1981, sur cadavres), retenu par l'OMS : volume ≈ 8 % plus petit. Erreur moyenne de la méthode ≈ 16 % : une petite variation entre deux examens peut n'être qu'une erreur de mesure.
  • Exemple : lobe de 5 × 1,5 × 1,5 cm → 5,9 mL avec 0,52 ; 5,4 mL avec 0,479.

Volume normal de l'adulte

ValeurSourceFemmeHomme
Volume normalRevue : Chaudhary, Bano 201310 à 15 mL12 à 18 mL
Goitre, en FranceCollège des enseignants d'endocrinologie> 18 mL> 20 mL
Limite supérieureGutekunst 1988 (moyenne + 3 ET de six études)18 mL25 mL
Aucun seuil n'est universel ; chez l'homme, 20 ou 25 mL selon la référence : citer celle qui est retenue. Le volume augmente avec le poids, la taille, l'âge, dans les régions anciennement carencées en iode, et de 10 à 20 % pendant la grossesse. Limites individuelles (âge, poids, taille) de trois cohortes allemandes : valeur globale de 28,6 mL chez la femme, 38,7 mL chez l'homme (Ittermann 2025).

Enfant de 6 à 12 ans OMS, 97e percentile (mL), zone suffisante en iode

Âge (ans)6789101112
Garçons2,913,293,714,194,735,346,03
Filles2,843,263,764,324,985,736,59

Deux lobes, isthme exclu, facteur 0,479 (volume calculé avec 0,52 : multiplier par 0,92). Au-delà : goitre (dépistage) ; seuils aussi selon la surface corporelle. Jugés trop bas pour l'Europe : 97e percentile allemand 28 à 33 % plus haut (Hirtz 2025). Avant 6 ans, références rares (Chammas 2021).

Thyroïdites : aspect échographique et contexte

Hashimoto · De Quervain (subaiguë) · post-partum · silencieuse · Basedow pour le diagnostic différentiel · Doppler : hyperfonction ou destruction · pièges · compte-rendu
Fiche mémo · échographie cervicale
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ThyroïditeÉchogénicité, échostructureDopplerVolumeCliniqueBiologie, scintigraphie
Hashimotothyroïdite chronique auto-immuneHypoéchogène, hétérogène ; micronodules hypoéchogènes de 1 à 6,5 mm cerclés d'un liseré échogène ; travées fibreuses échogènes ; contours bosselés.Variable : normale ou augmentée, rarement intense ; augmentation plutôt associée à l'hypothyroïdie.Goitre (forme classique), normal, ou thyroïde atrophique (forme fibreuse, stade tardif).Femme surtout ; goitre ferme et indolore ; évolue le plus souvent vers l'hypothyroïdie (euthyroïdie, voire thyrotoxicose initiale possibles).Anticorps anti-TPO (et anti-thyroglobuline) ; TSH normale ou élevée.
De Quervainsubaiguë granulomateusePlages hypoéchogènes mal limitées, sans forme ronde ni ovale (« en carte de géographie »), souvent bilatérales ; parfois lobe entier hétérogène.Diminué dans les plages (95 % des cas, Frates 2013) ; pas l'hypervascularisation diffuse du Basedow.Le plus souvent normal, parfois un peu augmenté.Douleur cervicale irradiant vers l'oreille ou la mâchoire, pouvant passer d'un lobe à l'autre ; prodrome viral, fébricule ; thyroïde ferme et douloureuse.VS (souvent > 50 mm/h) et CRP élevées ; thyrotoxicose initiale (≈ 50 %), puis hypothyroïdie transitoire (≈ 30 %) ; fixation effondrée.
Post-partumHypoéchogène, hétérogène, comme la thyroïdite silencieuse dont elle est la forme du post-partum.Diminué ou normal en phase de thyrotoxicose.Petit goitre indolore possible, moins volumineux que dans le Basedow.Dans l'année qui suit l'accouchement : thyrotoxicose à 1–6 mois, hypothyroïdie, retour à la normale vers 9–12 mois ; souvent une seule de ces phases.Anti-TPO positifs ; TRAb négatifs ou faibles ; fixation effondrée.
Silencieuseindolore, sporadiqueHypoéchogène, hétérogène.Diminué.Petit goitre indolore fréquent.Mêmes trois phases que la De Quervain, sans douleur, fièvre ni syndrome inflammatoire ; aussi sous lithium, interféron α, inhibiteurs de tyrosine kinase.Anti-TPO dans ≈ 50 % des cas ; TRAb négatifs ; fixation effondrée.
Basedowdiagnostic différentielHypoéchogénicité globale ou plages hypoéchogènes disséminées ; lobes globuleux.Très augmenté, diffus, en systole et en diastole : « thyroid inferno » (Ralls 1988) ; vitesses systoliques élevées, parfois > 100 cm/s.Goitre diffus, symétrique.Hyperthyroïdie ; orbitopathie et souffle thyroïdien en faveur.TSH effondrée, T4 et T3 libres élevées ; TRAb positifs (sensibilité 96–97 %, spécificité 99 %) ; fixation diffuse augmentée.

Hashimoto : repères et pièges

  • Cotation de l'échogénicité (Raber 2002) : 1 = normale (comme la sous-mandibulaire, plus échogène que les muscles) ; 2 = moins échogène que la sous-mandibulaire, plus que les muscles ; 3 = égale ou inférieure aux muscles. Grade 3 : valeur prédictive positive ≈ 95 % pour une thyroïdite auto-immune avec hypothyroïdie.
  • Micronodulation : valeur prédictive positive ≈ 95 % pour une thyroïdite de Hashimoto (Yeh 1996) ; ne pas décrire chaque micronodule comme un nodule.
  • Pseudo-nodules bénins : aspect « en girafe » (plages échogènes séparées de fines bandes hypoéchogènes) et nodule hyperéchogène homogène (« white knight »), tous bénins dans la série de Bonavita 2009.
  • Forme nodulaire : aspect très variable (solide, hypoéchogène, halo, calcifications possibles) : nodule à coter comme les autres (Anderson 2010).
  • Ganglions réactifs du niveau VI fréquents, de morphologie normale.
  • Lymphome thyroïdien : risque très augmenté (risque relatif ≈ 67, Holm 1985) ; un goitre qui augmente vite doit le faire évoquer.

De Quervain, post-partum, silencieuse

  • De Quervain : plages mal limitées non ovoïdes et hypovascularisées, avec douleur ou fièvre : aspect caractéristique (Park 2006) ; diagnostic confirmé par la clinique dans 79 % des aspects évocateurs, adénopathies dans ≈ 60 % (Frates 2013).
  • Piège : une plage focale simule un nodule suspect (hypoéchogène, mal limité). Contexte (douleur, VS) et contrôle à distance (disparition ou réduction) ; la cytoponction n'est en général pas nécessaire.
  • Évolution de la De Quervain : thyrotoxicose 3 à 6 semaines, hypothyroïdie jusqu'à 6 mois, euthyroïdie en 12 mois pour la plupart ; hypothyroïdie définitive 5 à 15 %.
  • Post-partum : ≈ 5 % des femmes après un accouchement ; risque multiplié par 27 si anti-TPO positifs au 1er trimestre ; hypothyroïdie définitive à long terme 20 à 40 %.
  • Basedow du post-partum : incidence multipliée par 3 à 4, pic entre 3 et 12 mois ; une thyrotoxicose franche des 3 premiers mois était toujours une thyroïdite dans la série citée par l'ATA ; goitre plus gros, souffle, orbitopathie, TRAb élevés orientent vers le Basedow.
  • Allaitement : Doppler utile ; scintigraphie à l'iode 123 ou au technétium possible (lait tiré et jeté pendant 5 ou 3 jours), pas l'iode 131.
Doppler : hyperfonction ou destruction ? Vascularisation augmentée : hyperfonction (Basedow ; au moins conservée dans l'amiodarone type 1). Diminuée ou absente : thyroïdite destructrice (De Quervain, silencieuse, post-partum, amiodarone type 2). Utile surtout quand la scintigraphie est contre-indiquée : grossesse, allaitement (ATA 2016). Seuils de vitesse systolique publiés pour séparer Basedow et thyroïdite très variables d'une étude à l'autre (méta-analyse Li 2024) : pas de seuil consensuel, ne pas conclure sur une vitesse seule. Piège : une thyroïdite de Hashimoto en hypothyroïdie peut être hypervascularisée.

Amiodarone

Type 1 (excès d'iode sur goitre nodulaire ou Basedow latent) : vascularisation présente ou augmentée. Type 2 (thyroïdite destructrice) : vascularisation absente (Bogazzi 1997). Séparation imparfaite en pratique : le Doppler ne suffit pas toujours (ATA 2016).
Dans le compte-rendu : volume (goitre ou atrophie, chiffrés) ; échogénicité cotée par rapport aux muscles et à la glande sous-mandibulaire ; échostructure (micronodulation, travées, plages mal limitées et leur siège) ; vascularisation (0 à +++, diffuse ou en plages) ; vrais nodules (EU-TIRADS) ; ganglions du niveau VI. Conclusion : aspect évocateur d'une thyroïdite (auto-immune si hypoéchogénicité diffuse et micronodulation) ; type précis (De Quervain, post-partum, Basedow…) seulement si la clinique ou la biologie dictées le permettent.