Perfusion ASL en IRM cérébrale : technique et lecture

Principe · pCASL, PASL, multi-délais · paramètres du consensus · quantification · cartes · ASL ou DSC · valeurs normales · facteurs physiologiques · artefacts
Fiche mémo · neuroradiologie
1 / 2

Principe arterial spin labeling, marquage des spins artériels

  • Le sang artériel est marqué magnétiquement (inversé) au cou, puis le cerveau est imagé après un délai (PLD, post-labeling delay). Image marquée et image contrôle sont soustraites : la différence (≈ 1 % du signal) est proportionnelle au débit sanguin cérébral (CBF). Nombreuses paires moyennées ; image M0 pour la quantification.
  • Traceur endogène, diffusible, de « demi-vie » égale au T1 du sang (≈ 1,65 s à 3 T) : pas d'injection, examen répétable, utilisable chez l'enfant, pendant la grossesse, en insuffisance rénale.
pCASLPseudo-continu : train d'impulsions sur un plan de marquage au cou pendant 1,5 à 2 s. Meilleur rapport signal/bruit : méthode recommandée (consensus 2015).
PASLPulsé : inversion d'un bloc épais sous le volume imagé (PICORE, Q2TIPS) ou inversions alternées sélective et non sélective (FAIR). Marquage bref, moins de signal.
Multi-délaisPlusieurs PLD : estime le temps de transit artériel (ATT) et corrige le CBF des régions à transit long.
Sélectif d'un territoireMarquage d'une seule artère (carotide, vertébrale) : cartographie des territoires, collatérales, artères nourricières d'une malformation.
Sélectif en vitesse (VSASL)Marque le sang au-delà d'une vitesse, près du tissu : peu sensible au transit. Encore peu diffusé.

Paramètres recommandés consensus ISMRM et ASL in dementia (Alsop 2015)

MarquagepCASL, durée 1 800 ms. Plan perpendiculaire aux carotides internes et aux vertébrales là où elles sont droites (en général sous la base du crâne), hors boucle, sténose ou stent.
PLD1 800 ms adulte sain < 70 ans · 2 000 ms adulte > 70 ans et patients adultes · 1 500 ms enfant · 2 000 ms nouveau-né. Plus long, ou multi-délais, si le transit est lent (sténose, moyamoya, sujet âgé).
Lecture3D segmentée (GRASE ou spirale), suppression du fond, sans écrasement des flux vasculaires ; résolution ≈ 3–4 mm dans le plan, coupes de 4 à 8 mm ; 4 à 5 minutes.
QuantificationModèle à un compartiment, image M0 ; λ = 0,9 mL/g ; efficacité de marquage α = 0,85 (pCASL), 0,98 (PASL) ; T1 du sang 1 650 ms à 3 T (1 350 ms à 1,5 T).
OrdreAvant le gadolinium : le contraste raccourcit le T1 du sang et diminue le signal.
CBF (mL/100 g/min) = 6 000 · λ · ΔM · ePLD/T1s / [ 2 · α · T1s · M0 · (1 − e−τ/T1s) ] · ΔM = contrôle − marquée, τ = durée du marquage, T1s = T1 du sang

Facteurs physiologiques

  • Augmentent le CBF : hypercapnie (apnée, sédation par inhalation), anémie (et T1 du sang modifié), fièvre, hyperthyroïdie, acétazolamide, activité (yeux ouverts : cortex visuel), crise.
  • Diminuent : hypocapnie (hyperventilation), caféine, propofol et sédatifs intraveineux, âge ; atrophie (effet de volume partiel).

Cartes produites

  • CBF quantitative (mL/100 g/min), en gris ou en couleurs : toujours la même échelle d'un examen à l'autre.
  • Image pondérée perfusion brute (ΔM) : y chercher les artefacts de transit et un signal veineux.
  • ATT (multi-délais) : transit allongé = sténose, collatérales.
  • Valeurs relatives : rapport à une région de référence (cortex controlatéral, cervelet), plus robuste que la valeur absolue (rCBF ; rTBF pour une tumeur).

ASL ou DSC ?

ASLSans injection, répétable, CBF absolu ; indépendante de la barrière hémato-encéphalique (tumeurs rehaussées, lésions extra-axiales). Mais signal faible, sensible au transit et au mouvement, ni CBV ni MTT, seuils moins validés.
DSC (gadolinium)rCBV, référence pour les gliomes, bon signal. Faussée par la fuite de contraste (correction nécessaire) et la susceptibilité (sang, métal, base du crâne).
Dans les gliomes, le CBF en ASL et le rCBV en DSC varient dans le même sens : une hyperperfusion ASL se lit comme un rCBV élevé.

Valeurs normales ordres de grandeur, variables selon la machine

Substance grise≈ 40–60 mL/100 g/min chez l'adulte ; un peu plus élevé chez la femme, baisse avec l'âge.
Substance blanche≈ 20–25 ; mesure peu fiable en ASL (transit long, signal faible).
EnfantPlus élevé que l'adulte, maximal dans l'enfance (vers 5 à 10 ans).
Nouveau-néBas, relativement plus élevé dans les thalamus, les noyaux gris centraux et le cortex sensori-moteur.
Aspect normal : substance grise nettement plus perfusée que la blanche, symétrie, cortex visuel et sensori-moteur un peu plus intenses ; avec un seul PLD, zones jonctionnelles parfois moins intenses (transit).

Artefacts et contrôle de qualité

Transit longFausse hypoperfusion distale et jonctionnelle, hypersignaux intravasculaires (sujet âgé, sténose, bas débit cardiaque) : PLD long, multi-délais, comparer à l'ARM.
Défaut de marquageHypoperfusion d'un territoire entier, d'un hémisphère ou de la fosse postérieure : carotide sinueuse ou sténosée au plan de marquage, vertébrale hypoplasique, stent, appareil dentaire, flux très rapide. Vérifier le plan et l'ARM avant de conclure.
MouvementLiserés aux bords du cerveau, valeurs négatives, asymétrie.
SusceptibilitéPerte de signal près des sinus, de la base du crâne, d'un saignement ou de matériel (lecture EPI surtout).
Après gadoliniumSignal diminué : acquérir l'ASL avant l'injection.
ContrôleImage brute : marquage réussi (deux hémisphères et fosse postérieure), symétrie, pas de mouvement ; comparer à l'ARM.

Perfusion ASL en IRM cérébrale : interprétation

Hypo- et hyperperfusion · artefacts de transit · signal veineux · AVC et sténoses · malformations · épilepsie, migraine · tumeurs et suivi · démences · compte-rendu
Fiche mémo · neuroradiologie
2 / 2

Lire la carte

  • Comparer droite et gauche ; territoire artériel ou non ; cortex ou substance blanche ; focal ou diffus ; concordance avec diffusion, FLAIR, rehaussement.
  • Hypoperfusion : ischémie, infarctus, diaschisis, post-critique tardif, aura migraineuse, neurodégénérescence, atrophie… ou artefact de transit ou de marquage.
  • Hyperperfusion : crise (per- ou post-critique précoce), reperfusion après recanalisation, tumeur hypervascularisée, shunt artério-veineux, encéphalite, MELAS, hyperperfusion après revascularisation carotidienne, phase céphalalgique d'une migraine.
  • Signal intravasculaire : artériel (serpigineux, dans les sillons) = arrivée retardée du sang marqué ; veineux (sinus, veines corticales) = shunt artério-veineux jusqu'à preuve du contraire.

Pathologie vasculaire

AVC aiguHypoperfusion du territoire ; zone hypoperfusée plus large que la diffusion = tissu à risque (estimation surévaluée par le transit). Hypersignaux serpigineux du territoire (artefact de transit artériel) = collatérales lentes, pas une hyperperfusion. Seuils de pénombre : fiche AVC et perfusion (DSC, scanner).
Après recanalisationHyperperfusion du territoire (« perfusion de luxe ») fréquente ; associée à la transformation hémorragique dans certaines séries.
Sténose, moyamoyaTransit allongé : hypoperfusion apparente des territoires distaux et jonctionnels, artefacts de transit. PLD long ou multi-délais ; réserve vasculaire par test à l'acétazolamide (CBF qui n'augmente pas = réserve épuisée).
Après endartériectomie ou stentHyperperfusion homolatérale marquée : syndrome d'hyperperfusion (céphalée, crise, hémorragie).
MAV, fistule duraleSignal intense dans le nidus et dans les veines de drainage ou un sinus : détecte les petites lésions et le résidu après radiochirurgie (fiche malformations vasculaires). Cavernome : pas de signal.
DiaschisisHypoperfusion de l'hémisphère cérébelleux opposé à une lésion supratentorielle, sans lésion propre.

Épilepsie, migraine, encéphalopathies

Crise, état de malHyperperfusion corticale focale (per-critique, post-critique précoce), hors territoire artériel ; souvent restriction de la diffusion et œdème cortical, pulvinar homolatéral. Plus tard après la crise : hypoperfusion possible.
IntercritiqueHypoperfusion discrète du foyer (temporal, dysplasie corticale) ; moins sensible que la TEP au FDG.
Aura migraineuseHypoperfusion souvent postérieure, débordant les territoires artériels, puis hyperperfusion à la phase céphalalgique ; diffusion normale. Diagnostic différentiel de l'AVC.
AutresEncéphalite (herpétique, auto-immune) : hyperperfusion des zones atteintes · MELAS en phase aiguë : hyperperfusion des lésions pseudo-ischémiques · PRES : variable · nouveau-né après anoxo-ischémie : hyperperfusion des noyaux gris centraux et des thalamus, de mauvais pronostic.

Tumeurs débit tumoral rapporté au cortex sain (rTBF)

GliomeDébit élevé en faveur d'un haut grade ; la zone la plus perfusée oriente la biopsie. Hypersignal T2 péritumoral non rehaussé mais perfusé : infiltration. Seuils publiés variables : rapporter un rapport, pas un grade.
OligodendrogliomePeut être hyperperfusé même de bas grade.
LymphomeDébit faible ou modéré malgré un rehaussement intense.
MétastaseVariable ; hypervascularisées : rein, mélanome, thyroïde, choriocarcinome. Œdème péritumoral non perfusé.
Méningiome, hémangioblastomeDébit très élevé (lésion extra-axiale : l'ASL n'est pas faussée par l'absence de barrière) ; signal veineux possible.
Abcès, pseudotumeur démyélinisanteDébit bas.
Après traitementRécidive : débit élevé · radionécrose, pseudoprogression : débit bas (fiche radionécrose) · antiangiogéniques (bévacizumab) : baisse du débit sans vraie réponse (pseudo-réponse).

Démences profils proches de la TEP au FDG

AlzheimerCingulaire postérieur, précunéus, cortex temporo-pariétal.
Dégénérescence fronto-temporaleFrontal et temporal antérieur, souvent asymétrique.
Corps de LewyOccipital et pariétal.
Comparer au cortex sensori-moteur et au cervelet, relativement épargnés ; l'atrophie diminue à elle seule le débit mesuré. Profils d'atrophie : fiche neurodégénératif.
Décrire en relatif, sans surinterpréter la valeur absolue (« hypoperfusion relative temporale gauche »), en précisant le PLD. Pas de grade tumoral, de pénombre ni de diagnostic tirés de l'ASL seule, sans élément dicté.
Dans le compte-rendu : technique (pCASL ou PASL, PLD, mono- ou multi-délais, avant injection), qualité (mouvement, défaut de marquage) ; anomalie : siège, territoire artériel ou non, hypo- ou hyperperfusion, rapport au controlatéral si mesuré, artefacts de transit, signal veineux, concordance avec les autres séquences.